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    DesignCarrière

    Trouver un job dans la tech aux États-Unis : un an, 500 candidatures, 3 last rounds

    Camille Bonnifay est Senior Product Designer chez Clair, une startup new-yorkaise. Elle pensait trouver un poste en un mois, elle a mis un an. Elle raconte ce qui a débloqué sa recherche.

    6 min de lecture
    Camille Bonnifay

    Camille a construit sa carrière de product designer en France, chez Pixpay puis chez MYM. Puis elle a rejoint New York avec un visa L-2 de conjoint. Sa recherche a duré douze mois. Et elle te détaille les leviers qui ont produit ses opportunités les plus chaudes. Ainsi tous ses tips pour que ton CV et ton portfolio soient adaptés au recrutement américain.

    1. L'interview de Camille

    2. Un an de recherche, pas un mois

    Camille arrive à New York en octobre. Elle passe trois mois à se caler sur les standards du marché. La recherche démarre en janvier 2025.
    Le visa L-2 n'impose aucun sponsorship. En pratique, les recruteurs américains ne connaissent pas ce statut. Ils traitent la candidate comme une personne à sponsoriser.
    Le volume ne produit rien à lui seul. Près de 500 candidatures, une cinquantaine d'entretiens, trois last rounds, une offre. Les trois last rounds sont tous venus d'un referral.

    "Je pensais vraiment trouver un travail en un mois. Ça m'a pris un an."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    3. Le recrutement américain est un jeu

    En France, un product designer se présente par ses compétences. Interviews utilisateurs, design system, méthodologie. Aux États-Unis, cet argumentaire ne produit rien.
    Les recruteurs cherchent une histoire. Qui vous êtes, pourquoi vous venez, où vous allez. Sans ce fil, le profil n'est pas lisible.
    Camille a mis un an à formuler le sien. Elle se positionne aujourd'hui comme product designer spécialisée dans les niches financières. Pixpay pour les ados, MYM pour les créateurs de contenu, Clair pour les travailleurs à l'heure.
    Elle compare l'exercice au jeu Codenames. Des mots sans lien apparent, un fil à trouver.

    "Je pense que le principal, c'est de comprendre qu'en fait, c'est un jeu aux États-Unis, le recrutement."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    "Je sais que t'as de la valeur, je sais que tu ferais le taf, mais malheureusement, j'arrive pas à pousser auprès de l'équipe design le fait que tu seras bonne dans ce métier parce qu'en fait, tu sais pas l'expliquer."

    Un recruteur, Propos rapportés par Camille Bonnifay

    4. L'impact chiffré plutôt que la compétence

    Camille a refait son CV au moins vingt fois. Son portfolio trois ou quatre fois.
    Une seule formulation fonctionne. Pas la liste de compétences, que tout designer est censé maîtriser. L'impact produit, chiffré.
    Exemple donné dans le live : l'interview utilisateur a permis de sortir une feature qui a fait monter la conversion de soixante-dix pour cent.

    "Le portfolio, peut-être trois ou quatre, ce qui était déjà bien assez. Mais le CV, au moins vingt fois."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    5. Lead ne veut pas dire manager

    Le titre de lead designer ne désigne pas un encadrant. Il désigne un niveau d'échelon.
    Senior signifie autonome, capable d'itérer vite et d'encaisser la critique. Lead signifie avoir mené un projet de A à Z, du zero to one.
    Le leadership passe par l'influence et la stratégie, pas par le management. C'est un écart direct avec la définition française du même titre.

    "Lead designer, ça veut dire que t'as passé des échelons."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    6. Le networking, le seul canal qui a débloqué le poste

    New York propose des events matin, midi et soir. Fintech, recrutement, happy hour.
    Camille n'en avait pas envie. Trop d'énergie, trop de temps, un environnement exclusivement américain. Elle a commencé quand même.
    Le networking force à répéter son pitch et à entendre celui des autres. Il produit aussi des occasions directes. Alex, fondateur de Clair, a été rencontré via une amie croisée dans un event.
    Quatre-vingt-dix pour cent de ses amis dans la même situation ont trouvé par une connexion.
    Tous les events ne se valent pas. Il faut sélectionner, et accepter d'échouer.

    "Aux États-Unis, networker, ce n'est pas un plus. En fait, c'est juste le système, c'est la norme."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    7. Clair, une fintech pour les hourly workers

    Clair est une startup new-yorkaise fondée par deux Suisses. Le produit propose des avances sur salaire aux travailleurs payés à l'heure.
    Ces utilisateurs vivent d'un paycheck à l'autre. Le produit n'est pas du consumer classique, il est ancré dans un besoin quotidien.
    Le fil conducteur de Camille se prolonge. Donner du pouvoir financier à des personnes que le système ignore ou n'a pas encore intégrées.

    "Ton produit ne fonctionne pas ou l'UX n'est pas bonne, ton utilisateur, il ne va pas pouvoir potentiellement acheter du lait maternel pour son bébé."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    8. Pas d'after work, mais une culture du feedback

    Le premier choc culturel est social. Il n'y a pas d'after work. Le déjeuner se prend devant l'ordinateur ou en quinze minutes.
    À dix-sept ou dix-huit heures, chacun rentre. La culture du collègue qui devient un ami n'existe pas. Camille dit ne pas avoir réussi à l'accepter.
    Le second choc est managérial, et il joue dans l'autre sens. Tous les trois mois, chacun reçoit une demande de feedback sur ses pairs et sur ses managers.
    Ces retours alimentent la performance review et déclenchent les passages d'échelon. Un feedback sur la communication, corrigé au cycle suivant, se traduit en progression.
    Camille y voit moins d'ego et moins de tension. Tout se dit dans un cadre officiel, plutôt qu'en aparté.

    "Il n'y a pas cette culture de mes collègues peuvent devenir mes amis."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

    9. La data au centre de l'organisation

    L'organisation en squad ressemble à celle des scale-ups françaises. Produit, tech et data travaillent ensemble.
    L'écart porte sur le poids de la data. Chez Clair, l'équipe data est l'une des plus grosses de l'entreprise, avec la tech.
    Chez Pixpay et MYM, Camille comptait une personne data pour trente à soixante-dix salariés. Le volume de données disponible change directement le travail de design.

    10. L'IA a pris la place des juniors

    Chez Clair, cent pour cent des équipes utilisent l'IA. L'équipe design ne compte presque aucun junior.
    Camille internalise son design system et ses méthodes dans l'IA. Elle récupère des écrans déjà propres, parce que l'intention et les ressources étaient posées en amont.

    "Je considère que Claude est mon junior designer."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair
    À la Config de San Francisco, une product designer comparait l'IA à un metteur en scène. Le chef d'orchestre ne joue ni violon ni trompette, mais il sait harmoniser.
    Camille ne pense pas que les juniors perdent leur place. Leur porte d'entrée change. Arriver expert de l'IA, presque en design ops, permet de rattraper un senior en un ou deux mois.

    11. Les conseils de Camille pour bouger aux US

    Construire son storytelling avant de partir. Un fil conducteur qui a du sens pour l'entreprise visée et pour soi. Pas une liste de compétences.
    Networker dès l'arrivée. Sélectionner les bons events, accepter d'échouer. C'est le canal qui produit les last rounds.
    Mettre CV et portfolio aux normes américaines. Chaque ligne porte un impact chiffré. Vingt itérations ne sont pas de trop.
    Le marché reste plus porteur qu'en France. Il n'a plus rien à voir avec l'expansion tech d'il y a dix ans.
    Pour situer les niveaux français, les grilles de salaires en Design servent de point de comparaison.

    "C'est cool de savoir délivrer, mais si tu ne sais pas te vendre, tu n'y arriveras jamais aux États-Unis."

    Un recruteur, Propos rapportés par Camille Bonnifay

    "If you can make it here, you can make it anywhere."

    Camille Bonnifay, Senior Product Designer, Clair

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