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    Claude Code pour les PM : un CPO ouvre le capot

    Julien Fissette, co-fondateur et CPO de Roundtable, a partagé comment il utilise Claude Code pour automatiser les opérations d'une plateforme qui gère plus de 1000 SPV dans plusieurs pays. Scripts Python, revue de compta, specs techniques, skills partagées en équipe : des cas concrets sur ce que l'IA change vraiment pour un PM aujourd'hui.

    10 min de lecture
    Julien Fissette

    Julien Fissette

    Co-fondateur & CPO, Roundtable

    Ex-data scientist au BCG, Julien Fissette a cofondé Roundtable il y a cinq ans via eFounders. La plateforme structure des véhicules d'investissement (SPV et fonds) pour investisseurs et startups tech. Quarante personnes, des opérations en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Dans ce live, il montre comment Claude Code a transformé sa manière de travailler, avec des exemples précis tirés de son quotidien de CPO.

    1. Essayer, c'est le seul vrai conseil

    Julien ouvre sa présentation avec un message direct : si une seule chose doit être retenue du live, c'est d'essayer Claude.
    Il anticipe le frein habituel. Ce qu'il va montrer se passe dans un terminal, ça peut sembler technique. Mais c'est précisément l'inverse : c'est une techno à laquelle on peut parler dans la langue qu'on veut, qui répond dans la langue qu'on veut.

    "C'est une techno à laquelle on peut parler dans la langue qu'on veut, qui nous répond dans la langue qu'on veut, et vous pouvez vous en servir. Non seulement vous pouvez vous en servir, mais vous pouvez vous en servir pour lui demander de vous apprendre à vous en servir."

    Julien Fissette, Co-fondateur & CPO, Roundtable
    Sur l'enjeu au niveau individuel : si vous êtes un des early adopters, vous allez être beaucoup plus productif, vous allez être le leader de l'IA dans votre boîte. Si c'est la personne du bureau d'à côté qui le fait, c'est elle qui va être promue.
    Sur le choix de l'outil : il utilise principalement Claude, mais il est clair là-dessus. Codex fonctionne très bien aussi. Pas de crise existentielle si on utilise OpenAI plutôt qu'Anthropic.

    2. Automatiser

    Julien distingue deux types de tâches dans son usage de Claude.
    Le premier, qu'il appelle Disposable Software : toutes les tâches qui prennent du temps quinze minutes, trente minutes, deux heures et qu'on peut désormais automatiser avec un script Python ou TypeScript écrit par Claude. Le coût marginal de cette écriture de code, c'est quelques tokens et quelques minutes de discussion.
    Sa règle personnelle : tout ce qui prend plus de dix minutes, il demande à Claude de lui écrire un script. Il stocke ces scripts, sans y attacher beaucoup d'importance. Il ne regarde même pas le script. Il regarde ce que le script produit et valide si ça a l'air juste. Comme il validerait ce qu'un stagiaire ferait.
    La clé pour que ça fonctionne : expliquer ce que Done ou Good looks like. Les critères de complétion de la tâche, comme on les donnerait en outsourçant à un stagiaire. C'est du management, mais à un outil.
    Le deuxième type : le logiciel produit, le vrai. Les enjeux sont différents.

    3. Des exemples tirés du quotidien de Roundtable

    Vérification de 400 changements d'adresse au Luxembourg

    Roundtable a dû déménager quatre cents sociétés d'adresse au registre luxembourgeois, délégué à un prestataire. Julien voulait vérifier que les changements avaient bien été effectués. Le site du greffe luxembourgeois est pénible à naviguer, avec des CAPTCHA. Faire ça manuellement sur quatre cents entités aurait été l'enfer.
    Il a demandé à Claude de créer un script Python : ouvrir le site, naviguer, récupérer le numéro de registre et l'adresse de chaque société, les mettre dans un CSV, produire un rapport. En temps homme, ça lui a pris cinq minutes. Le rapport a révélé des erreurs du prestataire.

    Revue comptable de 1000+ SPV

    Toutes les sociétés gérées par Roundtable produisent des comptes annuels. Au lancement, Julien passait ses week-ends d'avril-mai à les relire manuellement.
    Maintenant : extraction automatique des informations pertinentes des comptes, comparaison avec la base de données. Si un véhicule a levé dix fois dix mille euros, il doit y avoir cent mille euros au passif. Sinon, le comptable s'est probablement trompé. Plutôt que de revoir mille SPV, il passe son temps sur les quinze-vingt qui sont problématiques.
    Un apprentissage sur la fiabilité : ses pipelines d'extraction atteignaient 99 % mais pas 100 %. Le LLM hallucinait parfois des montants sur des cases vides. Sa solution : le LLM as judge. Deux techniques. Première : trois LLM font la même extraction et votent. Si les trois sont d'accord, c'est bon. Deuxième : un LLM extrait, un critique, un décide.

    Rapport CII et timesheets automatisés

    Chaque année, Roundtable postule pour les crédits d'impôt innovation (CII). Il faut un rapport et des timesheets. Julien a récupéré toutes les informations de projets dans Linear et Notion pour faire un premier draft du rapport.
    Pour les timesheets : extraction des données Payfit, croisement avec les issues Linear de chaque personne sur le même mois, puis estimation de la répartition du temps par projet. Les timesheets remplies en quelques minutes.

    SEO : de 91/100 à 98/100 en une demi-heure

    Julien utilise la version gratuite d'Ahrefs, qui envoie un rapport mensuel d'erreurs. Il a extrait toutes les recommandations Ahrefs, les a mises dans Claude avec une instruction : connecte-toi au MCP Webflow et vis ta vie. En trente minutes, Claude a updaté quinze pages aux titres trop longs, soixante-huit pages aux titres trop courts, cent quatre pages avec des meta descriptions. Score : de 91 à 98 sur 100.
    C'est maintenant un cron job mensuel. La cible : rester à quatre-vingt-dix-huit, voire cent.

    4. Un senior engineer disponible en permanence

    Pour le produit Roundtable lui-même, les enjeux sont plus élevés. Roundtable est un milieu régulé. Il faut un niveau d'exigence supérieur. Mais l'IA a quand même changé fondamentalement la manière de travailler.
    Le premier bénéfice sur les specs : c'est comme avoir un senior engineer dispo, qui connaît cent pour cent du code, qui n'est pas entre deux autres trucs, qui est là pour aider à préempter tous les edge cases.
    Un exemple concret : stocker les numéros SIRET de toutes les sociétés gérées, pour un outil de télédéclaration fiscale. Julien a dicté une phrase. Claude, qui a accès à toute la codebase, a produit une spec complète : contexte, scope, out of scope, questions sur les edge cases, modifications de schéma base de données, intégration Pappers, script de rattrapage historique, liste des fichiers à modifier, nouveaux composants à créer. De l'idée au ticket : une journée.
    Deuxième point clé : l'accès à la codebase. Il y a des équipes produit qui n'ont pas accès à la codebase. C'est un des combats qu'il faut mener. Ça permet de faire de meilleures specs.
    Sur son mode de travail au quotidien : il a toujours cinq, dix Claude ouverts. Le matin, il se dit quels sont les trucs à faire. Il lance différents Claude, fait ses meetings, et au fur et à mesure, regarde où ils en sont.

    "C'est comme avoir, au moment où vous réfléchissez aux specs ou vous brainstormez, un senior engineer qui est dispo, qui connaît cent pour cent de votre code, qui n'est pas entre deux autres trucs, qui pense pas à autre chose, qui est là pour vous aider à préempter tous les edge cases."

    Julien Fissette, Co-fondateur & CPO, Roundtable

    5. Processiser ce qu'on fait souvent, sous forme de skills

    Une skill, c'est une description et un playbook qui expliquent à une IA comment gérer un certain type de tâche. Une fois qu'on sait qu'on va faire une tâche fréquemment d'une certaine façon, il faut la mettre sous forme de skill.
    Chez Roundtable, les skills sont organisées en deux niveaux.
    Les skills projet, préfixées RT : améliorer des issues Linear, faire des tests, gérer le back office, faire de la QA, traduire des documents.
    Les skills personnelles de Julien : liées à la compta, aux yearly reviews RH, à la création de contenu avec un tone of voice propre.
    La diffusion en équipe : un repo commun que tout le monde peut puller. Si quelqu'un veut améliorer une skill, il peut le faire et pousser. Un repo similaire est en cours de mise en place au niveau de toute la compagnie.
    Sur la structure d'une skill : le premier point dans la skill de specs produit Roundtable est de poser des questions tant que quelque chose est ambigu. Ça force à se poser ces questions. L'IA arrive à trouver des questions sur des edge cases auxquels Julien n'avait pas pensé.

    6. Les intégrations du day-to-day chez Roundtable

    Les MCP (Model Context Protocol) permettent à Claude de se connecter directement aux outils de l'organisation. Julien liste ceux qu'il utilise au quotidien :
    Linear (project management), Context Seven (documentation à jour des librairies utilisées), Figma, GitHub, Playwright (tests et navigation browser), Webflow (site marketing), Notion, Google Workspace, Slack, WhatsApp, Granola (organisation personnelle).

    7. Ce qui peut mal tourner

    Julien consacre une partie de sa présentation aux risques, sans minimiser.
    Pour les équipes tech : pousser en production du code qu'on ne comprend pas, de mauvaise qualité, qui n'est pas maintenable. Le coût de production du code est passé à zéro. Le coût de maintenabilité n'a pas encore suivi.
    Pour les équipes produit : croire qu'on est devenu un super ingénieur parce qu'on a accès à Claude Code. Si on n'était pas bon en TypeScript avant Claude Code, on n'est toujours pas bon en TypeScript. Le prototypage et les tests sont valables pour accélérer la réflexion. Mais il faut garder une rigueur sur ce qu'on pousse en production.
    Le risque de déléguer sa pensée : la capacité à réfléchir et à prendre les bonnes décisions vient de la connaissance de son produit. Si on délègue cent pour cent de la pensée à des agents sans comprendre ce qu'il y a dedans, on va prendre de mauvaises décisions dans six mois.
    Le sujet réglementaire : Roundtable a 10% de juristes en interne, ce qui permet de creuser les sujets EU AI Act et de vérifier les conditions d'utilisation des services.

    8. Prototyper pour penser, pas pour shipper

    Sur la question du design et du prototypage, Julien montre en live une application qu'il a construite en deux jours. L'idée : extraire des KPIs à partir d'emails que les sociétés de son portfolio lui envoient, avec une validation humaine quand le modèle n'est pas suffisamment sûr, et un chat pour interroger la base de données constituée.
    Cette app telle qu'elle est n'ira jamais dans Roundtable. Mais elle lui a permis de réfléchir à comment structurer l'information. D'itérer de manière hyper rapide. Et maintenant qu'il commence à se poser sur ce qu'il a envie de voir, il peut faire des specs beaucoup plus précises pour la team engineering.
    Il est clair sur une limite : Claude a pris des raccourcis sur le design system. Il ne voulait pas de l'UX. Il voulait prendre des décisions d'UX.
    Sur le plan tarifaire pour démarrer : le plan à cinquante euros par mois est suffisant pour la grande majorité des usages. Julien est lui-même sur le plan à deux cents euros par mois et ne l'atteint pas. C'est pas un coût, c'est un investissement.

    "J'ai l'impression d'être Jules César qui dicte des lettres à plein de Claude en parallèle. J'ai toujours cinq, dix Claude ouverts. Le matin, je me dis quels sont les trucs que j'ai envie de faire. Je lance différents Claude, je fais mes meetings, et au fur et à mesure, je regarde où ils en sont."

    Julien Fissette, Co-fondateur & CPO, Roundtable

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